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4 mars 2010
D’amour et d’apnée
« Comment a-t-elle fait? ».
Voilà la question que tout le Canada et le monde
entier rivés sur les derniers Jeux Vancouver
2010 se posent ! WOW !!! Apprendre la mort subite de
sa jeune mère et fan numéro un depuis
son enfance la veille d’une épreuve olympique
individuelle pour laquelle on se prépare depuis
toute une vie et choisir de s’y lancer !! Sous
le regard de millions de téléspectateurs
à travers le monde, comment ce petit bout de
jeune femme a-t-elle pu se tenir debout, patiner, vriller,
danser, sourire et GAGNER un podium olympique sans jamais
craquer !!??
Le choc de perdre subitement sa mère
est déjà assez difficile sur la terre
ferme, il me semble que surface glacée, patins
dans les pieds et gravité ne font pas bon ménage
dans les circonstances ! J’avais vingt ans lorsque
j’ai perdu ma mère subitement aussi. Je
me souviens que j’étais tellement sous
le choc que j’avais l’impression que j’étais
dans un autre monde. Tout comme Joannie, ma mère
était ma fan numéro un pour mes performances
sur scène. J’avais besoin de mes amis pour
sortir de la maison et marcher sur la rue Sainte-Catherine
à Montréal. Je me sentais si fragile.
Et à chaque fois que je voyais ou j’entendais
une ambulance, j’étais totalement bouleversé
et immobilisé. Mais je n’avais pas NBC,
CNN, ESPN, TSN et RDS avec leurs millions d’abonnés
rivés sur moi. J’étais sauveteur
unique sur une piscine privée et les membres
venaient me porter des carottes et des gâteaux.
Lorsque je parle d’apnée
mentale dans mes conférences, que je sois en
France, au Canada, en Belgique ou aux Etats-Unis, le
premier réflexe de l’auditoire est d’éclater
de rire. Mais chacun sait de quoi je parle et le rire
est suivi d’un moment de réflexion et les
flashes de mémoire s’activent. Nous avons
tous connus un épisode dans notre vie où
les circonstances étaient tellement douloureuses
ou désagréables que notre psyché
a momentanément « fermé la porte
» à ces images, cette réalité,
cette douleur. Comme si notre mental retenait son souffle
pendant que ça passe. Que ce soit une violente
dispute, une invective lancée par autrui, un
abus physique ou psychologique, une mise à pied,
une séparation, et bien sûr la perte d’un
être cher.
En psychologie, on parle de clivage.
Une scission entre ces faits et notre réalité.
Comme si cela n’avait pas existé. Plusieurs
abuseurs ou complices ont ce réflexe. L’exemple
de la mère des enfants abusés par le père
qui nie tout et ne voit rien d’anormal dans sa
famille en est un cas flagrant. C’est une question
de survie. Les victimes peuvent aussi avoir ce réflexe
aussi. Des années souvent sont nécessaires
afin de débloquer cet état et de prendre
contact avec la blessure.
Quoiqu’il en soit, même
si les circonstances ne sont pas aussi énormes
que celle que Joannie Rochette et d’autres personnes
ont vécue, il est en notre pouvoir et responsabilité
de parfois provoquer cette forme « d’apnée
mentale ». Que ce soit en présence de personnalités
toxiques au travail, des publicités tapageuses
et agressantes à la radio et télévision,
du ton et obsession sensationnaliste des médias,
d’une situation personnelle éprouvante
mais temporaire, des jugements et critiques de la part
d’autrui, nous avons tous ce pouvoir en nous.
L’apnée mentale a permis
à Joannie de demeurer debout et concentrée.
Mais c’est l’amour qui l’a propulsée.
L’amour qu’elle en elle. L’amour de
son père, de son entraîneuse Manon et de
ses proches. Mais bien sûr l’amour que sa
mère et elle se portent mutuellement. Plus de
vingt ans après sa mort, ce sont toujours les
paroles et les éclats de rire de ma mère
en regard de mes performances qui me portent à
devenir le meilleur que je puisse être et à
rayonner en tant que conférencier. La réussite,
c’est une suite d’actes d’amour.
Un état mental et émotif
stable ne fait pas gagner de médailles, remporter
des ventes ou construire des monuments. Seul l’amour
peut faire ça. L’amour de soi. L’amour
en soi. L’amour de son métier et pour qui
on le fait. La réussite, c’est une suite
d’actes d’amour. Ta tête te tient
debout, ton coeur te fait avancer.
« La tâche qui demeure à
accomplir n’est jamais aussi forte que la puissance
qui nous habite. »
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