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4 février 2010
Quand ça brasse
Rien ne se perd, rien ne se crée.
Tout se transforme, dit-on. Impossible de remplir un
verre à partir d’un pichet vide. Idem pour
ce qui est d’obtenir un coup de main d’autrui.
Bien sûr je pourrai vous venir en aide si l’entraide
et la compassion sont assez fortes dans l’échelle
de mes valeurs. Mais avouez que l’aide la plus
complète, la plus solide, la plus durable et
la plus inspirante est celle, plus souvent qu’autrement,
que nous avons mérité. Celle qui nous
revient telle la loi du retour.
Nous avons tous un compte de banque
relationnel - invisible mais bien réel –
entre chaque être humain que nous côtoyons
de façon régulière. Que ce soit
notre conjoint, nos enfants, nos collègues de
travail, les commis d’épicerie, du dépanneur,
chez le nettoyeur ou au club vidéo. Chaque fois
que nous avons une attention envers une de ces personnes,
que nous exprimons notre reconnaissance, notre gratitude,
que nous échangeons un rire et des sourires,
nous faisons automatiquement un dépôt.
Lorsque l’une de ces personnes nous rend service,
elle fait un dépôt dans le nôtre.
Et ainsi de suite. Et le retour sur investissement au
compte est directement proportionnel à la valeur
des dépôts, pas nécessairement au
nombre.
Or quand ça brasse, qui vient
vers vous? Pas ceux qui viennent par obligation ou pour
bien paraître. Quels sont ceux qui sont là
avec coeur, avec amour, avec sincérité?
Ce sont manifestement ceux avec qui vous avez un solide
compte bancaire relationnel.
Depuis le 12 janvier, remarquez qui
vient en aide au peuple d’Haïti. L’aide
ne vient pas automatiquement de la part de la communauté
internationale. Plusieurs pays sont absents. Ça
brasse en Haïti et le Québec se mobilise.
Probablement plus que tout autre peuple sur la planète,
mis à part leur voisin de terre et frères
ancestraux de la République Dominicaine.
Le lien que le Québec a avec
la communauté haïtienne date surtout des
années 70, mes années du secondaire où
j’ai grandi à St-Léonard. J’ai
fréquenté l’école secondaire
Antoine–de-St-Exupery d’où viennent
aussi mes amis haïtiens et portent les noms de
Tondreau, Jecrois, Jean, Élien et Pierre. Comme
québécois, nous avons lu Laferrière
Péan et Renaud, écouté Mervil et
Brathwaite, regardé Jean et Murat, peut-être
voté pour James ou Kotto, ris avec Kavanagh,
été inspiré par Surin, Laraque
et Alcine. Nous possédons ou avons appréciés
une toile, chantés et dansés sur la musique
de la Compagnie Créole. Mais que dire de tous
ces québécois d’origine haïtienne
qui chaque jour contribuent à notre mieux être
: les médecins, infirmières et préposés,
commis, caissières, chauffeur de taxi et enseignants?
Ce sont nos soeurs et nos frères. Mais encore
plus, chaque jour depuis des décennies, ces gens
font des dépôts dans notre compte de banque
relationnel. Voilà pourquoi, quand ça
brasse en Haïti, on aide avec coeur, amour et sincérité!
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