LE
MEILLEUR DE SOI
avec Marc André Morel
Jeudi le 18 février 2010
C’est la fête à la grenouille
« Il pleut, il mouilllleee..., c’est
la fête à la grenouillleeee...!! ». C’était
donc la flotte lors des cérémonies d’ouverture
des jeux olympiques (d’hiver!) à Vancouver vendredi
dernier. Après la route panoramique Vancouver-Whistler
qui a vu sa chaîne de montagne côtière
amputée de plusieurs mètres pour faire place
au flux de transport terrestre lors de ces 16 jours, la neige
transportée par hélicoptère, la tragédie
d’avant-jeux avec la mort du lugeur Nodar Kumaritashvili,
les épreuves reportées, la zamboni qui renverse
de l’eau sur la glace, de gros noms pertinents écartés
des cérémonies, eh bien il mouille encore !
Et encore !!
On parle déjà d’un mauvais
karma pour ces jeux. À la télé, tout
est parfait, tout est beau. Mais avez-vous remarqués
que l’on ne voit pas d’images du « terrain
», du village, etc.? Pour la première fois de
leur expérience olympique, les journalistes ne s’amusent
pas. Surtout pas les journalistes francophones...
Le comité international olympique (CIO)
et son père spirituel feu Pierre de Coubertin sont
français d’origine. La langue française
est la langue officielle des jeux olympiques. Ces jeux se
tiennent dans un pays bilingue anglais/français composé
de millions d’artisans et de participants à l’histoire
et à la couleur de ce pays choisi par le CIO où
des millions de québécois, francophones hors-Québec,
d’acadiens, d’immigrants français, belges,
suisses, libanais, vietnamiens et africains façonnent
ce pays. Et le français est étouffé depuis
le début de ces jeux. À peine 15% des milliers
de bénévoles parlent français, pas de
francophones dans la chaîne humaine des derniers mètres
du flambeau, les messages français de l’annonceure
maison sont timides et la langue française dans les
chansons de la cérémonie furent absentes. On
a « déporté » les artistes francophones
à Granville, un petit bout de terre sous un pont à
Vancouver. Pour un pays qui ne voulaient pas de ségrégation,
le message laisse perplexe.
Donner le meilleur de soi est ce qu’on
attend des milliers d’athlètes aux Jeux. Mais
pour donner le meilleur de soi en tant qu’individu,
chaque délégation (équipe) a la responsabilité
d’offrir le meilleur environnement possible et de donner
l’exemple. C’est-à-dire d’avoir une
vision claire et une discipline de fer, d’y mettre les
heures, d’établir les priorités, de s’entourer
des meilleurs, d’inspirer confiance, d’être
intègre et de prendre les bonnes décisions.
Donner le meilleur de soi est l’affaire aussi de l’organisation.
Au hockey, chaque joueur doit aller au bout de son potentiel.
L’esprit d’équipe aussi doit absolument
être au rendez-vous. De même que ses dirigeants.
Or, la question se pose : est-ce que le comité canadien
responsable – depuis six ans – de l’organisation
de ces Jeux en terre canadienne a donné le meilleur
de lui-même?
Nous sommes tous familiers avec l’expression
populaire – aux intentions discutables – «
French Frog ». Pendant des années – et
encore parfois aujourd’hui – le canadien de langue
française, surtout ceux résidant au Québec,
ont été appelés ainsi par leurs voisins
anglophones. Rien pour engendrer la paix ni le respect. Depuis
près de 15 ans que je sillonne chaque coin du Canada
pour donner mes séminaires et mes conférences.
Dans une langue ou l’autre ou les deux. Encore à
ce jour, j’ai la chance de partager mes idées
et de côtoyer des milliers de francophones hors-Québec
autant au Nouveau-Brunswick qu’en Ontario, Saskatchewan,
Alberta et Colombie-Britannique ! Depuis vendredi dernier,
j’ai mal pour eux. Dilués chaque jour dans une
masse anglophone, leur situation n’est rien comparée
à celle du Québec.
On peut dire que a grenouille a mal à
sa langue. En s’égosillant à tue-voix
lors du spectacle des exilés à Granville, Garou
tentait peut-être inconsciemment de crier au secours
à notre langue et à notre identité française.
La première médaille d’or
canadienne des jeux fut remportée par un Canadien de
langue française. Son nom est Alexandre Bilodeau. Don’t
call him Alexander. His name is Alexandre.
Je suis Canadien. Et même s’il
pleut, c’est loin d’être la fête à
la grenouille.
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