Marc Andre Morel CSP - Conférencier-motivateur inspirant

 




 

Quand l’oeuf se fait plus gros que la poule

Les gens ne vont pas au restaurant pour manger. Et ce sont les restaurateurs qui vous le diront. Du moins ceux qui ont du succès. On y va pour éviter la cuisine, célébrer, relaxer, découvrir, bâtir ou terminer une relation. Le plat, le repas, c’est le prétexte. Pourquoi demeurons-nous fidèle à un restaurant ou à un autre établissement ? Pour la qualité du produit ou du service offert ? Peut-être. Mais selon mes études, mes recherches et mon expérience que je partage lors de mes séminaires sur le sujet, c’est le sentiment que l’on éprouve qui nous nous fait revenir et en parler à d’autres. L’être humain c’est plus de 80% d’émotions et notre premier motivateur est notre sentiment d’importance. Nous avons besoin de nous sentir apprécié, validé et reconnu. C’est beaucoup plus la qualité de « l’expérience » que la qualité du produit comme tel qui nous garde fidèle. En tant que consommateur, nous mettons beaucoup plus d’emphase sur la façon dont le produit est vendu que le produit lui-même.

Les gens n’achètent pas une automobile seulement comme véhicule utile aux déplacements. On achète de la performance, du confort, du prestige, un statut, de la paix d’esprit, une valeur de revente, du service après-vente, une relation. Au cours des derniers mois, le géant et numéro un mondial de l’automobile fait les manchettes avec ses cas de véhicules défectueux ayant causé la mort à certains et hypothéqué celle d’autres. C’est très grave. Surtout que lundi le 12 avril dernier, nous avons obtenus des preuves que le fabricant était au courant de ses problèmes depuis 2004 !! Mais le plus odieux est que cette multinationale n’éprouve aucune empathie sincère. Or, même si au point de vue technique, ils regagnent leur crédibilité, le lien de confiance est brisée : confiance = empathie + crédibilité. Tout ça pourquoi ? Pour demeurer numéro un. Pour la valeur de l’action. Ce n’est pas des troubles mécaniques qui stigmatisera à jamais Toyota mais bien sa cupidité, son appât du gain, son obsession pour l’œuf et non la poule.

À plus petite échelle, chaque jour, des milliers de commerçants font de leur mieux pour nous offrir leurs produits et services avec le plus de qualité possible et pour notre plus grand bonheur. Une journée, c’est une mini-vie. Et notre vie est améliorée grâce à ces commis, serveuses et serveurs, préposés, caissiers, emballeurs, etc. Voilà onze ans que je vis dans un quartier adjacent à Montréal, appelé Île des sœurs. Onze ans que je vais au Café Vienne, dans le centre commercial principal. Mais depuis que les propriétaires ont vendus à un de leur ancien employé il y a six ans, c’est vrai que j’y vais moins. Le nouveau personnel et l’ambiance du Café se sont empreints de l’âme, du ton et du regard du nouveau propriétaire, soit sombre et stoïque. Mais la totale fut la semaine dernière lorsque pressé, je sortais d’un commerce voisin et je suis allé utiliser la toilette du Café, comme je l’avais déjà fait auparavant. En sortant, le propriétaire est venu me rejoindre à l’extérieur alors que je me dirigeais vers ma voiture. Je croyais qu’il voulait prendre l’air, me saluer ou fumer une cigarette. Non ! Il est sorti pour m’avertir que la toilette était pour les « clients ». Et d’en rajouter en me semonçant de son index et me rappelant qu’il « m’avait à l’œil » ! Comme s’il s’adressait à un délinquant. J’hésitais entre me pincer et éclater de rire.

Le drame est que très souvent, ces bévues sont commises à l’insu des dirigeants ou des propriétaires par leurs employés. On hypothèque nos maisons pour se lancer en affaires, on fait de la pub, développe des stratégies, engage des experts, on dort mal, on paie des loyers et des salaires de fou et puis ça ! Ou un employé sur son cellulaire pendant que le client est devant lui ou elle, lui dit merci sans le regarder ni sourire, mange de la gomme, se regarde dans le miroir, répond avec des « si j’aurais », vous tutoie, prend les choses personnelles, ne se présente pas… Voilà ! La façon, pas le produit.

En terminant, sachez que 68% de nos clients nous quittent par indifférence – on les prend pour acquis. Que 96% de ceux qui nous quittent ne reviendront jamais et que même si vous payez le payez pour qu’il parle, 91% ne vous donneront pas les vraies raisons pourquoi ils sont partis. Un client satisfait n’est pas suffisant, nous avons besoin de clients fidèles. Un client satisfait ne racontera pas sa bonne expérience à moins qu’on lui demande. Un client épaté et fidèle pourra en parler jusqu’à cinq personnes. Cependant, un client insatisfait (et silencieux auprès du fournisseur) en parlera à onze personnes en moyenne. Et avec la forte concurrence actuelle, les marchés et esprits ouverts des consommateurs, il en coûte maintenant dix fois plus cher de garder un client actuel que d’en chasser un autre.

La poule est plus grosse que l’oeuf. Laissez les clients utiliser les toilettes.

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