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29 avril 2010
Pinocchio est mort, vive Pinocchio !
Nous traversons une ère de vérité.
Depuis quelques années, la vérité
éclate là où l’omerta régnait,
là où le tabou de la dénonciation
était plus fort que le chant rébarbatif
mais pur de l’authenticité. Il y a eu les
scandales corporatifs de la génération
Enron où les empires expert-comptable à
la Arthur Anderson se sont effondrés à
cause de leurs acrobaties comptables mensongères
qui ont tués leur crédibilité et
provoqués leur chute irréversible. Nous
avons aussi connu le dévoilement – et encore
à ce jour – de scandales sexuels commis
par des représentants de l’Église
chrétienne partout dans le monde. La liste des
Pinocchio mis à jour est vraiment longue : les
sources de financement politique, les contrats dans
le domaine de la construction, la nomination des juges,
les passe-droits aux personnalités connues, les
incitatifs et avantages offerts par les géants
pharmaceutiques aux médecins et pharmaciens.
Et que dire de tous ces prédateurs financiers
qui sont sans cesse amenés à la lumière
après avoir mentis, trahis et volés leurs
proches et clients. À l’ère de la
« Youtubisation » de notre société,
il est de plus en plus difficile de cacher son long
nez.
Même dans notre quotidien, nous
refusons de plus en plus d’être intoxiqués
par le mensonge et sa bêtise. Le week-end dernier,
j’étais dans les Laurentides avec Amélie
ma conjointe et à notre deuxième matin,
nous avions choisi de retourner prendre le petit déjeuner
à la Crêperie Catherine sur le site de
Tremblant. Comme la veille, le soleil brillait et chauffait
sa terrasse où nous avion pris place. À
la porte, le propriétaire faisait patienter les
clients. Mais contrairement à la veille, la terrasse
était vide. Les clients avant nous le questionnaient
sur le fait qu’ils devaient attendre alors que
le site était vide puisque nous sommes entre
deux saisons. Il leur a répondu de manière
remarquablement peu authentique et prétentieuse
: « C’est plein parce que c’est bon
». Je lui ai fait remarquer que sa terrasse était
vide… Et là Pinocchio me sort devant tous
ses autres clients : « Les tables sont trop froides
» « Les tables sont trop froides ? »
« Oui, les tables refroidissent les plats et les
clients n’aiment pas ça ». Presque
aussi délicieuse que les crêpes de son
chef celle-là ! Bien fourrée en tous les
cas… J’ai réagit automatiquement.
Un réflexe. Un réflexe que nous avons
tous de plus en plus collectivement. Et c’est
tant mieux. La valise, la poignée dans le dos,
la dinde… c’est fini ! Bien sûr, en
lui ramenant que nous étions là la veille
sur sa terrasse pleine à craquer, à la
même heure et avec un soleil pas tout à
fait aussi chaud, il a figé une seconde et a
répondu une imbécillité gratuite
de plus pour essayer toujours d’avoir raison (son
ego) en disant qu’il faisait 15 et qu’hier
17 degrés. Comme quoi, le mensonge ne peut que
nourrir le mensonge et à la longue on finit par
s’y perdre et ne plus faire la différence.
On dit que l’être humain
ment plus de 200 fois par jour. Mais comme vous pouvez
vous en douter, le plus grand nombre et les plus importants
sont à soi-même. Demandez à quelqu’un
s’il est heureux. Il vous répondra que
oui. En fait, vous seriez surpris d’entendre le
contraire. Eh bien on a interviewé 1000 personnes
mourantes aux soins palliatifs et on leur a demandé
s’ils se considéraient heureux et terminer
leur vie en étant heureux. Seulement 6 sur 1000
– 0,6% - ont répondus dans l’affirmative.
On se ment à soi-même. Idem pour le travail
que l’on fait, notre choix de carrière.
Après avoir travaillé avec des centaines
d’organisations et côtoyés des milliers
de cols blancs, la majorité des gens ne sont
pas à leur place. Et ça c’est vivre
un mensonge chaque jour de sa vie. Surtout si on se
fait croire que l’on est heureux et que tout est
beau ! Même si vous êtes bon dans ce que
vous faites, il est plus important d’être
bon dans ce que vous êtes. Si vous sentez au fond
de vous-même que vous n’êtes pas sur
votre « X » comme je dis dans mes conférences,
changez de domaine. La vie est trop courte. Et puis
ça ne vous va bien le nez trop long !
Ah oui, en passant ! Au retour de notre
brunch dans un autre resto, Amélie et moi avons
remarqué une terrasse pleine chez Pinocchio.
Le thermomètre n’avait pas bougé.
Comme quoi la vérité finit toujours par
sortir. Et les clients aussi !
Sachez être vrai !
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